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Echelle du nuage:Le
modèle numérique M2C2 
Introduction
Mon travail consiste à exploiter en étroite connexion
les mesures de terrain et les simulations numériques tout en intégrant
les données issues de la chimie de laboratoire. C’est dans ce cadre
que je développe un modèle incluant les processus physico-chimiques
au sein des nuages sur la base d’un modèle de chimie multiphase couplé
à un modèle de microphysique à deux moments que j’ai déjà mis en place
et validé lors de ma thèse (Leriche, 2000) : c’est le modèle M2C2 pour
« Model of Multiphase Cloud Chemistry ». Ce modèle de type parcelle
d’air permet de simuler finement les processus physico-chimiques au
sein des nuages et, donc, d’aider à l’interprétation les mesures de
terrain et à la compréhension des interactions complexes entre chimie
et microphysique au sein des nuages. Ce travail permettra à terme, par
analyses des jeux de données de terrain et par comparaisons entre résultats
numériques et mesures, de développer des paramétrisations de la chimie
multiphase pour les modèles de transport chimie et de climat où l’évaluation
du rôle des nuages dans la composition chimique atmosphérique est actuellement
critique (Ramaswamy et al., 2001).
Description de M2C2 :
Le modèle de chimie multiphase inclut des mécanismes
chimiques détaillés pour la phase gazeuse, la phase aqueuse et les échanges
entre l’air interstiel et les gouttes de nuage ou de pluie qui sont
formulés suivant la théorie cinétique du transfert de masse développée
par Schwartz, 1986 (Leriche et al., 2000). Pour la phase aqueuse, le
mécanisme chimique décrit le chimie des HOx, des NOy, du soufre, du
méthane et des COV résultant de son oxydation, du chlore, de l’ammoniaque
et des métaux de transition pour le fer, le cuivre et le manganèse (Leriche
et al., 2003 ; Deguillaume et al., 2004). Pour la phase gazeuse, le
mécanisme chimique est celui du master mechanism du
NCAR (National Center for Atmospheric Research, Boulder, Colorado,
USA) qui peut s’adapter à n’importe quel milieu environemental (Madronich
et Calvert, 1990). Le développement du modèle de chimie multiphase a
été effectué dans le souci de respecter l’organisation du code d’origine
(Madronich et Calvert, 1990) qui permet d’étendre les mécanismes chimiques
de façon simple et de sélectionner un mécanisme chimique multiphase
selon un milieu environnemental choisi à partir des mécanismes chimiques
en phase gazeuse et aqueuse complets. Le module de chimie inclut le
modèle TUV4 développé
par Madronich et Flocke (1998) qui calcule les coefficients de photolyse
variable en phase gazeuse et en phase aqueuse, et que j’ai étendu au
calcul des coefficients de photolyse en phase aqueuse. Actuellement,
le mécanisme chimique en phase aqueuse est étendu à la chimie des composés
organiques supérieurs.
Le schéma de microphysique inclut dans le modèle est un schéma à deux
moments qui inclut les processus de nucléation des gouttelettes, de
condensation/évaporation, de collision/coalescence et de sédimentation
d’après le travail de Caro et al., 2004. Actuellement le module de microphysique
de M2C2 est en cours de développement par François Champeau, doctorant
que je co-encadre avec Nadine Chaumerliac, pour inclure la microphysique
glacée d’après les travaux de Reisner et al., 1998. Ceci permettra de
simuler des nuages mixtes ou glacés qui sont fréquents en hiver au sommet
du puy de Dôme. De plus, la microphysique glacée sera indispensable
pour simuler des trajectoires au sein des nuages convectifs qui seront
observés pendant le campagne AMMA
en Afrique de l’Ouest.
La paramétrisation utilisée pour la nucléation des gouttelettes (Abdul-Razzak
et Ghan, 2000) permet de calculer le nombre de gouttelettes formées
à partir d’un spectre initial de particules d’aérosols. Ceci a permis
d’inclure dans M2C2 un schéma de lessivage des aérosols à deux moments,
pour l’instant limité à la nucléation, toujours d’après Caro et al.,
2004. Notons que dans le cas de nuage non précipitant, il est reconnu
que le lessivage par nucléation est largement prédominant (Pruppacher
et Klett, 1997). Le lessivage par impaction des aérosols est en cours
de développement dans le modèle.
Les trois modules décrits ci-dessus sont couplés dans le cadre d’un
modèle dynamique de parcelle d’air (Gérémy et al., 2000) qui permet
de représenter de façon simplifiée la trajectoire dynamique du nuage
(Leriche et al., en préparation, 2005). Le couplage entre les
processus microphysiques et chimiques permet de considérer la redistribution
des espèces chimiques par les processus de collision/coalescence entre
l’air, l’eau nuageuse et l’eau de pluie, ainsi que le puits net que
constitue la sédimentation pour les espèces chimiques (Leriche et al.,
2001). Le module décrivant l’évolution des particules a également été
couplé avec le module de chimie multiphase en incorporant dans les gouttelettes
nuageuses nouvellement formées les espèces chimiques solubles présentes
dans les particules d’aérosols activés qui pourront participer par la
suite à la réactivité chimique (Leriche et al., en préparation,
2005).
Exemples d’application de
M2C2 :
1) Scénarios académiques :
étude de l’influence de la chimie des métaux de transition
Le modèle permet d’effectuer des études théoriques sur la base de scénario
chimiques simples permettant de mettre en évidence les réactions chimiques
importantes pour la détermination des concentrations des radicaux HOx
et des polluants comme l’acide nitrique, les COVs, le sulfate par exemple.
Suite à la prise en compte des métaux de transition dans le modèle,
une telle étude a été effectuée sur la base de trois scénarios chimiques
différents (marin, rural, urbain) définis par Ervens et al. (2003) afin
de déterminer le rôle des métaux de transition dans la chimie multiphase
des HOx, des COVs et des composés soufrés (Deguillaume et al., 2004).
Suite à ce travail, la sensibilité de la chimie multiphase aux incertitudes
inhérentes aux mécanismes chimiques déterminés en laboratoire a été
examinée dans le cas de la réaction de Fenton, pour laquelle il existe
une controverse actuellement sur la nature de l’agent oxydant (Deguillaume
et al., 2005).La Figure 1 montre les voies
réactionnelles majoritaires du cycle redox du fer pour les deux
voies possibles de la réaction d’initiation (oxydation
du fer(II) par le peroxyde d’hydrogène) de la chimie de
Fenton : la production du radical OH et de fer(III) ou la production
de l’ion ferryle
2) Scénarios issus de mesures
in-situ : étude de la chimie nuageuse au sommet du Puy de Dôme
en masse d’air hivernale polluée
Le modèle a été appliqué à un événement nuageux au sommet du
Puy de Dôme échantillonné durant la campagne européenne CIME (Cloud
Ice Mountain Experiment) d’abord avec le modèle sans microphysique (Leriche
et al., 2000) puis avec le modèle couplé (Leriche et al., 2001). La
comparaison entre les résultats issus du modèle et les mesures ont montré
une bonne capacité du modèle à simuler la chimie du nuage.La prise en
compte des processus microphysique permette de simuler correctement
l’évolution du pH à la fois dans l’eau nuageuse
et dans la pluie – Figure 2. Ce travail
a permis de mettre en évidence l’émergence d’une
nouvelle voie réactionnelle en phase aqueuse qui produit à
la fois du sulfate et du nitrate (Amels et al., 1996) et influence la
concentration des NOx de façon différente suivant que
les processus microphysique sont considérés ou non –
Figure 3. Des test de sensibilité ont
permis par la suite de montrer que cette voie réactionnelle pouvait
aussi être importante dans d’autres conditions environnementales
que celle de l’événement nuageux du Puy de Dôme
(Leriche et al., 2003). La comparaison entre la répartition simulée
et mesurée des espèces réactives entre les phases gazeuse et aqueuses
(nuage et pluie) montre un bon accord quand les processus de collision/coalescence
sont considérés, soulignant leur rôle dans la redistribution des
espèces chimiques (Leriche et al., 2003) – Figure
4.
Suite à la prise en compte de la formation du nuage et de l’évolution
du spectre des aérosols, une étude a été effectuée sur l’impact de la
nucléation des gouttelettes nuageuses sur la composition chimique des
nuages. Pour cela, le modèle dans sa nouvelle version a été appliqué
au cas d’un événement nuageux en présence de la masse d’air polluée
au Puy de Dôme étudié précédemment, les données utilisées pour initialiser
le modèle ayant été complétées avec des données physico-chimiques sur
les aérosols sur la base du travail de classification de Sellegri et
al. (2003). La simulation effectuée dans ce cadre est représentative
d’un événement nuageux au sommet du Puy de Dôme en présence d’une masse
d’ait hivernale polluée. Les concentrations simulées dans le nuage sont
comparées aux mesures de Marinoni et al. (2004) classées suivant le
type de masses d’air rencontrées au Puy de Dôme. Finalement, les contributions
relatives dans la composition chimique des gouttes du lessivage par
nucléation des particules d’aérosols, du lessivage des gaz et de la
réactivité chimique sont évaluées (Leriche et al.,en préparation,
2005).
3) Scénarios issus de mesures
en laboratoire : simulation d’expérience d’irradiation
L’application du modèle à des expériences d’irradiation de solutions
en laboratoire permet à la fois de calibrer le mécanisme chimique du
modèle et d’aider à l’interprétation des résultats par identification
des voies chimiques prédominantes. Les solutions irradiées sont soit
préparées selon les concentrations mesurées dans les nuages, soit constituées
d’échantillons d’eau nuageuse. Ces expériences d’irradiation sont effectuées
au Laboratoire de Photochimie Moléculaire et Macromoléculaire (LPMM)
par Gilles Mailhot dans le but de mieux comprendre les processus de
photo-dégradation des composés organiques dans les nuages.
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